3 déc. 2014

Un modèle simple pour améliorer nos décisions de parents voyageurs

pingouin peintre
Faire les bons choix pour bien voyager avec bébé n'est pas toujours facile. Comment y voir clair ? Comment faire le tri dans toutes les informations dont on dispose et toutes les questions que l'on se pose ? Comment finalement mieux mobiliser nos capacités de décision ? Nous allons voir qu'il faut pour cela s'appuyer sur trois éléments, un peu comme un peintre mélange ses couleurs de base pour en obtenir une grande variété.



Voici donc un modèle de décision simple et facilement utilisable pour tous les parents qui souhaitent améliorer leurs capacités de décision. Que vous soyez trop impulsif, trop hésitant, ou trop prompte à vous laisser guider à votre insu, vous trouverez dans ce modèles des pistes de réflexion pour améliorer vos décisions et finalement mieux voyager avec vos enfants. Ce modèle distingue trois mécanismes inter-connectés, dont le rôle peut varier selon les situations : raison, intuition et hasard (RIH).
Triangle RIH : Raison, Intuition, Hasard

La raison nous permet d’explorer et de lister un ensemble de choix possibles, de définir des critères d’évaluation et des contraintes, de les pondérer, et finalement d'estimer si  un choix sera réalisable et meilleur qu’un autre. Elle permet de distinguer et de lister des avantages et des inconvénients. Notre raison repose notamment sur nos capacités d’attention et de concentration (que l’on localise parfois pour simplifier dans l’hémisphère gauche de notre cerveau). Elle nous permet aussi de dialoguer et de prendre en compte les arguments et les connaissances d’autres personnes. 

L’intuition nous permet, grâce à l’écoute de nos émotions, et au niveau neurologique, à des formes de traitement de l’information principalement inconscientes, de retenir certaines idées plutôt que d’autres, de filtrer et de percevoir certaines informations implicites, de mobiliser notre expérience, ou encore de faire des liens entre différents domaines de connaissance, et finalement de sélectionner rapidement certaines possibilités plutôt que d’autres. Elle repose sur nos capacités de relâchement, de créativité, et de traitement diffus des informations (que l’on localise parfois pour simplifier dans l’hémisphère droit de notre cerveau). L'intuition permet de prendre rapidement de bonnes décisions, mais il faut aussi savoir donner un peu de temps parfois à son cerveau avant d'être en mesure de solliciter son intuition sur de nouveaux problèmes. Elle nous permet également de mieux tenir compte de notre propre ressenti mais aussi de celui des autres personnes impliquées dans une décision. 

Le hasard intervient de différentes manières dans nos prises de décision et souvent plus qu’on ne veut bien le reconnaître : nous nous attardons sur tel ou tel élément d’une liste et ignorons totalement les autres ; au fil de nos pérégrinations, nous rencontrons des personnes ou des publicités qui nous suggèrent certaines idées de voyage ou de destination, certaines retiennent notre attention, d’autres nous marquent à notre insu ou au contraire sont aussitôt oubliées ; le monde extérieur nous fournit des occasions que nous pouvons saisir pour voyager ; il arrive parfois que le destin s’en mêle, que l’exil ou la fuite deviennent une question de vie ou de mort ; parfois enfin nous faisons délibérément appel au hasard pour collecter de l’information, mais aussi au moment même de trancher, par exemple en choisissant de tirer à pile ou face. 

Ces trois mécanismes (raison, intuition et hasard) sont le plus souvent complémentaires, même s’ils peuvent parfois aussi être antagonistes. Ainsi, le hasard et l’intuition ne s’opposent pas forcément à la rationalité, ne lui sont pas inférieurs et ne doivent pas nécessairement être évités au profit de cette dernière. Le hasard nous permet par exemple de faire des découvertes heureuses (sérendipité), d’apprendre de nos erreurs et d’explorer des possibilités inédites que notre raison et notre intuition pourront éventuellement s’approprier par la suite. L’intuition nous permet d’éviter certaines impasses vers lesquelles le hasard nous auraient conduit, ainsi que de trancher plus rapidement et de pallier aux limites de notre rationalité face aux incertitudes et à la complexité du réel. Les personnes atteintes de lésions du cerveau au niveau des zones impliquées dans l’intuition, se retrouvent d’ailleurs quasiment paralysées dans leur vie de tous les jours, incapables d’agir et de se décider, même quand leur capacités d’analyse ne sont pas touchées et continuent à très bien fonctionner. La raison ne doit pas non plus être exclue systématiquement de la décision, sous prétexte qu’elle serait imparfaite et incapable de nous aider à elle seule à prendre une décision. Réfléchir à nos critères de décision voire à leur pondération, peut améliorer nos décisions, quand bien même celle-ci seront prises au final de manière intuitive. Ce mode de fonctionnement duale entre la raison et l’intuition est d’ailleurs très fréquent dans la vie. De plus une approche rationnelle peut aussi faciliter l’exploration de nouvelles possibilités qu’on n’aurait pas forcément envisagé autrement, grâce notamment à des associations d’idées, des déductions ou inductions à partir de nos connaissances, de notre expérience et de nos préférences personnelles. Enfin, au niveau même du fonctionnement du cerveau, les zones impliquées dans le raisonnement et l’intuition ne sont pas totalement séparées, et semblent mieux travailler ensemble que seule.

Un individu utilise et combine différemment ces trois mécanismes selon les situations de décision qui se présentent à lui. On peut prendre la métaphore des trois pots de peinture de couleur différente, dans lequel on va piocher pour définir toutes sortes de stratégies de décision. 

Cependant, nous sommes tentés parfois de vouloir nous fier majoritairement à un seul de ces trois mécanismes. S’attacher à n’utiliser qu’une seule couleur. Prenons le hasard pour commencer. On peut rêver par exemple de prendre un jour le premier avion qui part d’un aéroport, peu importe sa destination. Plus couramment, on peut se laisser guider par la première personne de notre entourage qui nous fait une proposition. Parfois on a la chance de gagner un voyage dans un jeu-concours etc. Pourtant même si dans ces exemples, le hasard semble seul à la manœuvre, notre raison et notre intuition joueront un rôle de vérification et interviendront malgré tout dans notre décision de prendre part on non au voyage. Prenons maintenant l’intuition. Certains de nos choix peuvent partir d’un coup de coeur pour telle ou telle destination. Cependant là aussi la raison et le hasard joueront un rôle dans la définition finale du voyage que nous entreprendrons. Parfois encore, c’est par l’analyse comparative de différentes destinations, via des livres, des sites internet et des tableaux, que nous initierons notre démarche. Pourtant le hasard et l’intuition viendront aussi mettre leur grain de sable et contribueront à la définition et à la décision finale de notre voyage. On voit donc que, la plupart du temps, notre façon de décider est naturellement polychrome. Même lorsqu’on souhaite au départ n’utiliser qu’une seule couleur, on s'aperçoit très souvent qu’on sera naturellement amené à faire finalement aussi usage des deux autres au cours de notre processus de décision.

Il est souhaitable dans la vie d’adapter nos stratégies de décision aux situations que l’on rencontre. On ne prend pas la décision d’acheter une baguette de pain, comme on choisit un vêtement, un voyage, une maison, un travail, un conjoint, ou encore de faire un enfant. Si l’on s’intéresse plus particulièrement à notre façon de décider de voyager, on peut là aussi constater et se féliciter d’une forme de diversité. On comprend donc bien que la prise de décision de partir en weekend, ne soit pas identique à celle de partir trois semaines en vacances, ou de partir un an en tour du monde avec ses enfants. Enfin un voyage doit aussi se concevoir comme une décision elle même constituée d’un ensemble de plus petits choix de difficulté et d’importance variable, pour chacun desquels on aura intérêt à employer des stratégies de décisions différentes et adaptées. 

Les décisions que l’on prend pour voyager avec bébé, surtout les premières fois, requiert un peu plus d’attention et de temps de notre part. Certains de nos automatismes sont remis en question à la suite de la naissance d’un enfant. Il faut d’une certaine manière réapprendre à vivre et à décider. Cependant, pour être satisfaisantes, nos stratégies de décision doivent rester variées, et continuer à mobiliser à la fois raison, intuition et hasard. Certains parents sont parfois tentés de tomber dans une volonté de rationaliser à outrance, soi disant pour le bien de l’enfant. Ce qui peut alors avoir un effet paralysant. Cependant, notre intuition reste, comme on l’a vu, très utile à la fois pour décider avec plus d’efficacité, et économiser du temps, mais aussi par exemple pour rester connecté à nos besoins, à ceux de notre conjoint, de notre famille et de bébé en particulier. D’autres parents vont parfois renoncer à utiliser leur raison face à la difficulté d’une décision. Ils vont alors soit se figer et essayer de reporter leur décision tant bien que mal, soit encore adopter des choix moutonniers ou erratiques mais insatisfaisants à posteriori. Il faut trouver un juste équilibre. De même, les bienfaits du hasard et les plaisirs de l’improvisation et de la découverte ne doivent pas non plus être négligés ou abandonnés sous prétexte que l’on voyage avec un enfant. 

En conclusion, ce modèle simple nous invite, afin de mieux comprendre et d’améliorer nos décisions, à prendre conscience puis à jouer sur l’usage et l’équilibre de ces trois mécanismes fondamentaux que sont notre raison, notre intuition et le hasard. Ce jeu et cette recherche d’équilibre ne vise cependant pas à nous conduire à une ultime position statique valable pour tous et en tout temps, mais doit toujours s’adapter à nos spécificités personnelles et aux situations auxquelles on est confronté.