Le blog de Julien, parent voyageur et auteur du livre "Voyager avec bébé" - 2de édition janvier 2019

Bonjour, vous partez bientôt en voyage avec un tout-petit (0 à 3 ans) ? Et vous vous posez beaucoup de questions ?

Après de nombreux voyages avec mes enfants depuis leur plus jeune âge, et un tour du monde en famille pendant un an, j'ai rassemblé dans le livre "Voyager avec bébé", les réponses et les conseils que de nombreux parents attendaient pour pouvoir mieux voyager avec leurs bambins.

Ce blog est mon atelier d'écriture. Si vous n'êtes pas pressé, je vous invite aussi à le visiter et y participer. J'y ai pris des notes pour la préparation de certains chapitres du livre. Vous y trouverez en outre des articles sur des sujets connexes à ceux traités dans le livre, quelques récits de mes voyages, ainsi que ceux d'autres parents ou d'autres contributeurs invités.

20 nov. 2020

Dernier billet de ce blog

Les temps ont changé et mes enfants ont grandi. Il est temps pour moi de mettre fin à ce projet d'écriture que je suis cependant heureux d'avoir pu mener à son terme.

Je voudrais partager ici quelques dernières idées et impressions. Après le retour à une vie plus sédentaire et les confinements successifs, est-ce que je veux continuer à écrire en rapport avec le thème du voyage ?

En fait, non ! La plupart des blogs de voyage et même la "grande littérature de voyage" incitent à voyager d'une manière ou d'une autre. Moi même je me suis laissé prendre par moment à ce prosélytisme. Mais quelque chose me gêne : individuellement les voyages ont du bon, mais collectivement il faut bien reconnaître qu'actuellement le bilan est beaucoup plus mitigé, voire mauvais tout simplement.

L'incitation au voyage n'a jamais été mon objectif. Mais en même temps, en donnant accès aux connaissances qui facilitent les voyages en famille, en montrant les avantages qu'on peut en retirer individuellement, je contribue indirectement à ce que plus de familles aient envie de voyager. Or ce n'est pas le bon moment pour cela.

Dans un monde idéal, oui sans doute, l'incitation au voyage ne serait pas un problème. Mais au regard de la situation actuelle et des défis environnementaux, il nous faut aller collectivement vers plus de sobriété et tout simplement moins voyager. Et peut-être dans cinquante ans, si l'on parvient à surmonter tous ces défis, on pourra à nouveau laisser libre cours à nos envies de voyage, et écrire à nouveau avec insouciance sur le sujet. Mais le peut-on aujourd'hui ? Je pense que non.

Je ne peux plus prêcher de près ou de loin pour la paroisse des voyageurs et encore moins pour l'industrie du tourisme. On peut continuer à bien vivre sans tourisme, ou en tout cas avec un tourisme beaucoup plus réduit. On peut accepter des contraintes de déplacement pour des raisons épidémiques, comme en ce moment. Et dans les années à venir ce sont les raisons écologiques qui doivent mettre un frein à nos envies de voyage, parce que dans l'état actuel de nos technologies, la planète ne peut plus le supporter. 

La passion du voyage, comme toute passion, peut aussi engendrer ses excès. Elle veut parfois se rendre essentielle à nos yeux. Elle exige qu'on se donne à elle, qu'on se damne pour elle. Elle applaudit quand on lui amène d'autres adeptes fraichement convertis. Comme toute passion elle se meut progressivement en idéologie. Et c'est alors qu'elle génère aussi, souvent à notre insu, son lot d'aliénations cachées. Alors même qu'elle revêt extérieurement ses plus beaux habits sensés refléter une image de liberté. Si j'aime les voyages et continuerai à les aimer, je ne veux pas être dupe. L'amour du voyage est plus beau et plus libre quand il reste à sa juste place.

La seule option moralement juste, me semble t'il est de continuer à aimer les voyages mais en secret et discrètement. Moins on sera nombreux à en parler et plus la pression sur la planète diminuera, en attendant des jours meilleurs. 

C'est pourquoi donc, je préfère passer à autre chose et c'est pourquoi je ne pense pas continuer à écrire sur le thème des voyages.

Le bonheur en famille et l'éducation des enfants ont toujours été plus importants à mes yeux. La vie nomade est compatible avec cet objectif (mais non nécessaire comme on vient de le voir). C'est un détour — un éclairage intéressant, qui permet parfois de trouver quelques enseignements plus généraux sur le bonheur.

Mes enfants ont grandi. J'apprécie de pouvoir partager de nouvelles activités avec eux, et qu'ils soient aussi beaucoup plus autonomes. Ceci étant je continue de penser que chaque phase de la vie familiale a son charme propre. Et ce que nous avons vécu avec nos enfants en bas âge avait une saveur particulière. Cela reste pour moi un souvenir merveilleux.

Je mesure aussi la chance que nous avons eu de pouvoir bénéficier d'une telle liberté. Le monde a bien changé en 2020. Pour autant des jours meilleurs reviendront ; et le monde a ceci d'étonnant que même lorsque notre rayon d'exploration est limité à quelques kilomètres, il reste d'une immensité vertigineuse. 

Je songe à présent à un nouveau projet d'écriture pour les enfants un peu plus grands, mais qui concernera un autre thème que le voyage, peut-être quelque chose en lien avec la découverte de la philosophie, des mathématiques et des sciences. 

Enfin, en ces temps de confinement propices à la lecture, je recommande les trois grands auteurs de mon école philosophique préférée, le stoïcisme : Marc Aurèle, Epictète, puis Sénèque (dans cet ordre si possible, sachant que l'oeuvre de Sénèque qui nous est parvenue est beaucoup plus volumineuse). Avec pour guide moderne, des livres de Pierre Hadot (par exemple "Qu'est ce que la philosophie Antique").

Je laisserai donc le dernier mot à Sénèque (1er siècle après la naissance de JC), dont nous sommes tous de lointains descendants. Sans dénigrer le voyage, il savait en quelques mots le remettre à sa juste place.

Lettre 28 des Lettres à Lucilius, Sénèque

"Quel réconfort attendre de la nouveauté des sites, de la connaissance des villes ou des endroits ? Cela ne mène à rien de balloter ainsi. Tu demandes pourquoi tu ne sens pas dans ta fuite un soulagement ? Tu fuis avec toi. Il te faut déposer ce qui fait poids sur ton âme. "

"L'important n'est pas de savoir où, mais dans quel esprit tu arrives [...] Ma naissance ne m'attache pas à un unique recoin. L'univers entier est ma patrie [...]. L'art de bien vivre a son lieu partout."